Infiltration de Fort-Triomphe

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Infiltration de Fort-Triomphe

Message par Thaleras le Jeu 4 Fév 2016 - 21:38

Tarides du Sud, à une heure avancée de la nuit. La lune éclairait faiblement la Balafre, faisant scintiller le métal des armes de sièges en poste de chaque coté de la dépression. La nuit était calme, après le vacarme habituel produit par les escarmouches entre l'Alliance et la Horde. Un oiseau tournoyait lentement au dessus de Fort-Triomphe, cherchant son repas du soir. Son regard acéré tomba sur une silhouette assise dans un renfoncement de l'escarpement rocheux qui surplombait les fortifications allianceuses. Trop grosse proie pour lui. Avec un cri de dépit, le rapace nocturne s'éloigna lentement.

La silhouette leva brièvement la tête en entendant le cri, puis se replongea dans son examen pensif du fort. Assis dans son coin d'ombre, le regard suivant machinalement le ballet dessiné par les torches des gardes toujours en alerte, l'elfe essayait de se remémorer les évènements de la soirée et de remettre de l'ordre dans son esprit.

Escalader la paroi rocheuse et pénétrer à l'intérieur des fortifications avait été un jeu d'enfant. Les trois ombres, plus silencieuses que des chats en chasse, avaient pu ratisser l'ensemble du campement. Même l'infiltration des tours, pourtant gardées, s'était déroulée sans accroc. Plongés dans leur réunion, les chevaliers du Serment n'avaient rien remarqué.

Puis la chance avait tourné. Caché avec l'apprentie orque près des caisses de ravitaillement qu'ils avaient entraînées à l'écart pour les subtiliser à l'Alliance, il attendait le début de la diversion prévue par leur chef pour filer. Au lieu de cela, un des furtifs du Serment leur était tombé dessus et avait donné l'alerte.

L'elfe grimaça à cette pensée. Les évènements s'étaient ensuite enchaîné trop rapidement et il avait du régir à l'instinct. Il en gardait un souvenir assez confus. Le camp, auparavant calme, s'était mué en une gigantesque souricière. Des gardes couraient de partout. Des bruits de course, de combat et des ordres beuglés en commun résonnaient, alors que la fumée produite par l'incendie devant servir de diversion emplissait l'atmosphère du camp.

Il avait lutté un moment avec le furtif et récolté une belle entaille sur le flanc gauche. Passant sa main sur le pansement neuf lui entourant l'abdomen, il grogna. L'humain connaissait son boulot lui aussi, et lui s'était fait prendre à son propre jeu. Dans d'autres circonstances, il aurait salué la performance de son adversaire. S'il n'avait pas esquivé de justesse, la lame lui aurait probablement transpercé le ventre.

Il avait quand même réussi à se défaire de l'éclaireur ennemi en échappant à sa vue et à se planquer plus loin. Mais dans le feu du combat, il avait perdu l'orque de vue. Et n'avait reçu aucune nouvelle concernant leur chef. L'échec de la mission, et plus encore sa crainte concernant ses compagnons l'enrageait, lui faisait perdre le sang-froid à toute épreuve qu'il conservait habituellement. Fixant des yeux le dos d'un garde qui passait non loin, il s'était apprêté à le tailler en pièces, à bondir retrouver  ses frères d'armes, mais …

« Casse-toi faire ce putain de rapport ! »

L'ordre avait été hurlé en orc, et par une voix qu'il reconnaissait sans peine. Il avait grondé, serré les dents, tiraillé entre son instinct qui le poussait à défendre les siens et son entraînement de soldat qui lui ordonnait de suivre les ordres.

L'entrainement avait fini par remporter son combat intérieur, mais de justesse. Profitant de la panique ambiante, il avait trainé une des caisses de vivres dans un coin, derrière la tour, puis l'avait fait passer de l'autre coté de la muraille et l'avait dissimulée dans des broussailles. L'exercice n'avait pas franchement arrangé sa blessure, pour tout dire, et c'est en serrant les dents, le souffle court, qu'il avait remonté la piste menant au Fort de La Désolation. Heureusement pour lui, l'attention des gardes de l'Alliance était mobilisée par le raffut et les dernières bribes de fumée qui s'élevaient encore de Fort-Triomphe.




Arrivé au fort, il avait été accueilli par un raideur des Noirsang qui avait écouté son rapport, rendu quelque peu désordonné et incomplet par son état de fatigue et son énervement, et qui avait de plus soigné sa blessure. L'elfe palpa de nouveau la bande de tissu, songeur. Cet orc-là lui avait fait plutôt bonne impression, vu qu'il n'avait pas hésité à piocher dans les maigres ressources du fort pour soigner un mercenaire, sin'dorei qui plus est.

Il était ensuite reparti chercher cette fichue caisse de vivres, celle pour laquelle il avait dû fuir et abandonner ses compagnons sans connaître leur sort. Il s'était acharné sur cette caisse, focalisant sa colère dessus, la traînant à travers les Tarides en faisant un large détour pour éviter les patrouilles humaines. L'effort avait fini de saper ses forces, mais la mince réserve de vivres reposait désormais juste devant les portes de la forteresse orque, le bois du couvercle gravé rapidement à la dague du sigle, stylisé mais parfaitement reconnaissable, des Maestria.

Désormais, il observait de son poste la forteresse ennemie. Un peu plus tôt, il avait réussi à se concentrer suffisamment pour joindre brièvement les autres Maestria et les mettre au courant de la situation. Ils étaient venus le rejoindre, mais ne pouvaient rien tenter. Le camp était encore en alerte et ils étaient trop peu nombreux. Avec l'aide de quelques sortilèges, ils avaient cependant pu apprendre que les deux autres éclaireurs étaient en vie, bien que prisonnières d'une des tours. Les autres étaient ensuite rentrés afin d'élaborer un plan. Lui n'avait pas voulu les suivre, préférant rester au calme et à un endroit stratégique d'où il pouvait surveiller les allées et venues des humains. Le sommeil ne lui viendrait certainement pas, de toute manière …

L'elfe s'étira, puis desserra son pansement. Il prit un pot de baume cicatrisant dans les affaires que lui avaient laissé les autres et en appliqua sur sa plaie en serrant les mâchoires, puis enroula de nouveau la bande de tissu autour de son torse. L'aube n'allait plus tarder, à présent…




« Les captives vont être relâchées. »

Il avait été extrêmement surpris d'apprendre la nouvelle. Il savait d'expérience que les paladins humains étaient en grande majorité des hommes d'honneur, mais il avait des doutes concernant l'aspect stratégique de cette décision. Toujours perché au dessus de Fort-Triomphe à transmettre l'état de la situation aux Maestria, il n'était descendu de son poste d'observation que lorsque les captives avaient été escortées hors de leur tour, et avait alors rejoint les Maestria du « bon » coté de la Balafre. Il se tenait à présent parmi les siens, un peu pâle, les dents serrés et le regard fixé sur les chefs des deux factions, attendant la suite des évènements. Les captives furent amenées, une brève discussion s'ensuivit puis elles s'éloignèrent et enfilèrent rapidement leurs armures. Il inspira et desserra sa prise sur la garde de ses épées, soulagé de voir qu'elles étaient en bonne santé.

L'ordre soudain du Champion Noirsang le fit tressaillir. Il vit les catapultes orques envoyer les cadavres de trois humains et gronda, les mains de nouveau sur la garde de ses armes, se préparant au pire. Pire qui arriva effectivement. Sur un autre ordre du chef orc, les Noirsang s'élancèrent soudain sur les membres du Serment pris au dépourvu. Dégainant ses lames, il bondit alors dans la crevasse et fila rejoindre les Maestria. Certains des siens avaient déjà engagé le combat aux côtés des orcs, d'autres comme lui hésitaient et attendaient un ordre de leur supérieure.

« Maestria ! Au combat ! »

Il ne lui en fallait pas plus. Il s'élança avec les autres, ses lames tourbillonnant autour de lui, la rage accumulée depuis la veille se déversant soudain dans ses veines en lui accordant temporairement de nouvelles forces. L'assaut combiné des Noirsang et des Maestria repoussa le Serment hors de la Balafre, puis, les humains se repliant vers leur forteresse, l'ordre de cesser le combat fut donné. Il essuya ses lames sur un étendard méconnaissable qui traînait dans la poussière et les rengaina, puis se détourna et repartit lentement vers le Fort de la Désolation.

La fureur du combat passé, il était vide, épuisé. Sa blessure n'avait pas du tout apprécié le traitement subi et il faillit tourner de l'œil alors que les Maestria repartaient vers Tranchecolline.

A l'auberge, l'ambiance était morose. Rares étaient ceux qui approuvaient vraiment la tactique employée par le Champion des Noirsang. Trahir la trêve instaurée … Assis devant la porte d'entrée, il contempla un moment ses lames émoussées par le combat, songeur.
La guerre n'a rien de glorieux, ni d'honorable. Elle se résume en une phrase : tuer, ou être tué. Et tout est bon pour survivre...



La lune éclairait faiblement la Balafre. Quelques armes brisées de plus sur le sol, quelques traces sombres de plus dans la poussière, voilà ce qui restait de l'affrontement de la soirée. A présent, la nuit était calme. Un rapace affamé tournoyait lentement dans l'air tiède du soir. Il repéra une proie et fondit dessus. Le petit rongeur affairé perçut trop tard l'oiseau et fut cloué au sol. Le rapace clama alors sa victoire, puis commença à déchiqueter son repas de son bec.

Tuer, ou être tué …

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